À la rencontre du Kelpie

///À la rencontre du Kelpie

D’un rouge grisâtre, le ciel vit s’échapper un trait de foudre. Il faisait froid, si froid pour un mois de mai. Faut dire aussi que partir se perdre en Écosse juste après avoir séjourné en Occitanie le temps d’une semaine, c’était faire le grand écart entre deux zones climatiques éloignées. Trois jours que l’on marchait dans des vallons lugubres, et je ne parvenais toujours pas à m’y faire, surtout l’humidité, à faire pourrir les organes de tout homme normalement constitué.

Faut dire qu’on était fous aussi, un genre de touristes comme on en fait plus, qui s’échappent du soleil juste au moment où il retoque à la porte. Désormais, je retiendrai que selon les latitudes que l’on arpente, tous les astres sont mortels.

Ça s’était fait sur un coup de tête avec Christophe, en rentant de l’Aveyron où on avait festoyé durant trois jours aux frais de la princesse. Un ami commun vivait près de Decazeville, et ça faisait trop longtemps qu’il nous tannait pour que l’on vienne à son festival hard rock. Je dis « son » festival parce que c’est lui, entre autres, qui l’organisait, d’où les invitations gratuites. J’avais vu les groupes à l’affiche déjà deux ou trois fois chacun par le passé, mais on n’allait pas cracher sur un cadeau, ça nous ressemblait pas, comme attitude. Et puis le nom de l’événement avait été brillamment choisi, après de longues séances de brainstorming, sans doute : Occitanietszche Extreme Fest, avouez que ça ne s’invente pas. En tous les cas, ça fonctionnait bien, puisqu’on était environ 7000 sur place : 7000, vous vous rendez-compte ? En plein Aveyron, à l’orée d’une forêt ! Parmi les visiteurs, nous avons croisé beaucoup d’Espagnols, mais aussi des Allemands, des Hollandais, et même des Finlandais : vous imaginez, des Finlandais venus se perdre près d’une ancienne cité ouvrière méridionale ? C’est peut-être ça, finalement, qui nous a poussé à affronter le Grand Nord à l’arrivée des premières estives. Je n’en démords pas : il faut être sacrément mordu pour parcourir des milliers de kilomètres rien que pour de la musique.

A la fin du dernier concert, quelque peu émus par l’hypocras que nous avions siphonné tout le week-end, on a remballé nos tentes et on est sortis de l’enceinte du festival pour nous planter au bord d’une route de campagne, le pouce en l’air. Christophe pianotait déjà sur son smartphone pour réserver un ferry qui, une fois remontés à Caen, nous permettrait de passer outre-Manche. J’ignore comment il a pu trouver du réseau pour le faire d’ailleurs, mais je n’ai jamais rien compris aux smartphones de toute façon. Peut-être que la question la plus judicieuse qui mériterait d’être posée pouvait être : pourquoi deux jeunes gens entreprennent-ils de faire du stop dans la brousse à deux heures du matin ? Les automobilistes ont dû se le demander, car nous avons longuement attendu avant de voir se pointer le premier bon samaritain.

Nous arrivâmes tout de même à regagner Caen en même pas quinze heures, une prouesse digne d’un roman de Jack Kerouac à l’échelle de la France. La période de notre voyage correspondait, comme par un fait exprès, aux dernières lueurs de la lune rousse, et les Saints de Glace que sont Mamer, Pancrace et Servais nous ont offert un corridor froid qui préludait les terres gelées que nous allions traverser quelques heures plus tard. Le petit hiver du 11 mai formait une route vers un pays où l’hiver ne s’éteint jamais tout à fait : parfois, la vie ne manque pas de poésie.

Au départ, on avait prévu de repasser par chez nous, mais après en avoir discuté, nous convînmes qu’il était préférable de rester en immersion : le dernier conducteur avec qui nous avons fait un morceau de route nous a déposé à l’entrée de la gare maritime de Ouistreham. Il s’appelait Joseph, et notre projet saugrenu le fit bien rire. Nous nous apprêtions à affronter le roc écossais, et nous n’avions même pas une petite laine dans notre sac.

*

Après avoir traversé l’Angleterre non sans embûches – dues, principalement, à l’égoïsme bien connu des conducteurs de la perfide Albion -, on se fit déposer aux portes de Glasgow, que nous contournâmes volontairement : pas question de mettre les pieds dans la moindre bourgade. La Nature nous le commandait. Plus tard, cependant, nous n’avons pas eu d’autre choix que de faire escale dans une petite ville : grelottants, on s’est alors mis en quête de paletots nous permettant de survivre au moins une nuit. C’était le printemps, mais le printemps est un concept tout relatif en Écosse : on n’atteint rarement plus de quinze degrés à cette saison, et les nuits de lune rousse, la température reste timidement en dessous des quatre degrés.

Une fois le soleil couché, nous nous arrêtâmes au pied d’une de ces petites collines qui serpentent ardemment à travers le pays pour observer les étoiles que nous offraient les trouées du ciel à travers les nuages. Elles étaient comme des milliers d’yeux attentifs au-dessus de nos têtes. Après quelques instants de silence, d’un accord tacite, nous avons planté nos tentes dans le sol rocailleux, et après maints efforts, nous pûmes nous endormir. Pendant la nuit, Christophe manifesta plusieurs fois une peur irrationnelle, qui lui échappa quelques cris : il pensait sentir un souffle auprès de lui. Ce souffle, c’était sans doute le sien, mêlé à des remugles d’hydromel.

Nous dormîmes peu et mal, et le soleil ne nous réveilla qu’à travers une purée de pois épaisse. Sur la carte que nous avions acheté la veille, Christophe tentait déjà de laisser libre cours à ses fantasmes, scrutant l’une des innombrables tâches bleues qui mouchetaient le territoire écossais d’un air rêveur. En me penchant au-dessus de son épaule, j’en appris un peu plus sur l’objet de ses divagations nomades. Fasciné, Christophe contemplait le Loch Ness, représenté sous nos yeux au 1:125000ème. Je compris brusquement que nos pas allaient vite s’orienter vers le nord, et que nous connaîtrions les grands froids aux croisements des chemins de cette Europe boréale. Durant ma réflexion, une biche gracile s’était arrêtée furtivement pour observer nos divagations : je pris cette apparition comme le premier signe d’une immersion prochaine vers des égarements qui dépasseraient les limites de notre imagination.

On se connaissait depuis seulement deux ans avec Christophe, mais c’était déjà une personne dont l’âme m’apparaissait pellucide, trahie par des dizaines d’heures à discuter ensemble. Il semblait avoir toujours été fasciné par les limites de la raison humaine, les bizarreries, les difformités de la Nature, tourments dont découlait bien évidemment une passion sans faille pour les mythes, les histoires à dormir debout, les légendes urbaines. Dans la vie, à chaque pas qu’il faisait, Christophe se rapprochait toujours plus de la folie, et il est même arrivé qu’il me soutienne, durant de longues et arrosées conversation, que les traînées blanches que dessinent les avions étaient en fait une arme de stérilisation massive inventée par la CIA pour stabiliser les populations. Moi, ça me faisait marrer, alors je le laissais parler, généralement. Tout ça pour dire que je n’étais pas vraiment étonné que Christophe ait décidé, seul, durant la nuit, que le Loch Ness allait être notre prochain lieu de pélerinage. Il nous était déjà arrivé d’évoquer ensemble Nessie, plésiosaure lacustre bien connu, qui avait défrayé la chronique au siècle dernier. Le monstre était un odieux canular touristique, mais il m’a semblé que Christophe voulait vérifier de ses propres yeux que le Loch Ness était toujours un lac paisible des Highlands, délivré de tout soupçon préhistorique, hanté seulement par la poiscaille ordinaire. L’idée me paraissait séduisante, pour ne pas dire romantique : oui, j’avais besoin de mon quota de sensation forte à ramener dans mon sac, tout rationnel que j’étais.

Pour parvenir jusqu’au loch, nous devions marcher pendant environ une semaine, de quoi découvrir une bonne partie des Highlands écossaises ; inespéré, pour des petits gars qui n’avaient que trop rarement quitté leurs coins de verdure. Nous passâmes par des lieux d’une telle magnificence que même mes rêves les plus fous ne sauraient les retraduire aujourd’hui en image.

*

Quelques jours plus tard, je me réveillai et ouvrit la fermeture de ma tente. Levant les yeux au ciel, je ne fus pas surpris de constater un énième matin brumeux. On s’habitue étrangement vite au mauvais temps là-bas, car il confère à ces étendues mouillées et septentrionales un charme ténébreux. J’avais déjà réussi, durant notre marche vers le nord, à voir se dessiner une certaine cohérence dans ces paysages désordonnés, à la limite de l’irréel. Ayant photographié avec une grande précision les différentes étapes de notre chemin hasardeux, je comprenais enfin que celui-ci dépassait tout ce que je m’attendais à voir en Écosse : c’était exactement merveilleux. Les descriptions pleines d’hyperboles caractérisant les grands romans de fantasy étaient donc vraies, les couleurs, sombres, orangées, sordides, m’éclataient au visage. Plus nous nous enfoncions dans l’horizon masquée par les montagnes arides, plus je percevais dans ce monde une forme de littérature naturelle, une mise en mot des songes, une proximité avec la terre des hobbits, des elfes et des mages. Tandis que les oiseaux riaient, les grenouilles annonçaient notre venue en coassant ; tandis que les gibiers encore vivants nous caressaient de leurs yeux doux, les monts qui jalonnaient notre route figuraient comme autant de géants perdus dans ce massif du Nord brûlé par le gel. Les tourbières nous appelaient, râlant paisiblement pour nous étourdir, comme si elles voulaient nous happer pour conserver nos restes pendant mille ans. Ce pays avait tout d’un roman, ce pays était un roman, un monde extravagant, invaincu, ou tout était vrai, même les créatures les plus enchantées que nous distinguions à la place des arbres morts. A cette fantasy, il ne manquait que le soleil, et il se peut que le soleil soit le seul élément réellement fictionnel des contes pour enfants qui s’inspirent des paysages du nord, tant il fut absent de notre marche. La route vers le monstre était toute tracée ; mieux, la route était la queue du monstre.

*

Plus tard, alors que les muscles de mes jambes commençaient à s’endolorir, l’obsession de Christophe se révéla au grand jour, peut-être stimulée par toute cette balade onirique :

– Il y a quelques semaines, j’ai parcouru un bouquin sur la cryptozoologie, me lança-t-il.

– Ah bon ?, lui ai-je répondu. Et alors, est-ce que ça a été fructueux?.

– Oui. Non. Ça dépend. Faudrait que je pense à arrêter de terminer tous les livres que je lis, parce que sinon j’aurai du mal à commencer ceux que je dois écrire. En tout cas, il y avait dans celui-là, comme on peut s’en douter, un chapitre consacré au monstre du Loch Ness. J’ai appris que les origines de toute cette histoire n’étaient pas si récentes que ce qu’on peut croire. Enfin, du moins, ça dépasse largement les petits canulars à la mord-moi-le-noeud qui se sont succédés à partir du XIX° siècle.

Il était parti dans ses délires. Je ne pus m’empêcher de rire et de lui répondre avec impertinence:

– Et c’était un coup de qui alors ? L’empereur Auguste, Voltaire, l’Okhrana ? Ou pire, les Juifs ?

– Ça n’a rien à voir, qu’il m’a répondu d’un air un peu blasé. Simplement, je me suis rendu compte au fil de mes lectures que la légende de Nessie remontait en fait au VI° siècle après Jésus Christ. La première occurrence se trouve dans un vieux manuscrit de Jonas de Bobbio, une hagiographie de Saint-Colomban. Et tu sais qui c’est, Saint-Colomban ? C’est le saint-patron des motocyclistes, de nos jours !

Il avait réussi à me décrocher un petit rictus, avec son histoire. Au fond de moi, je me marrais de sa candeur, à Christophe, sa philosophie décidément était christophienne, il n’y avait pas d’autres termes possibles. A ma connaissance, Colomban était avant tout célèbre pour avoir évangélisé une très grande partie des îles Britanniques, mais également des coins d’Europe continentale, comme la Bourgogne ou il fonda de nombreux monastères. Saint-patron des bikers…et pourquoi pas grand satrape des tondeuses à gazon, aussi ? Je rétorquai, l’air faussement impressionné :

– Et, une rencontre entre Colomban et le Monstre a-t-elle eu lieu, d’après l’ouvrage dont tu me parles ?

– Oui, enfin, comme toujours, on n’en sait trop rien, au bout du compte : l’animal aurait tenté de dévorer un pauvre pêcheur installé sur sa barque, mais le saint serait arrivé au bon moment et, de l’endroit ou siègent toujours les tours en ruine de l’actuel Urquhart Castle qui domine le loch, il serait parvenu à chasser le serpent de mer d’un simple signe de croix.

– Une histoire qui ne manque pas de panache… Je crois que Colomban mérite bien son sobriquet de roi des motocyclettes, finalement .

*

Nous marchâmes dans les tréfonds ocres d’une vallée rouillée durant encore trois jours, avant d’arriver, épuisés mais heureux, aux abords du Loch Ness. Alors que nous longions l’étendue aqueuse abrités de la pluie par des arbres qui avaient judicieusement pris racine pour le bien des promeneurs, je repensais à ces derniers jours, plaisants, mais si absurdes : je n’avais pas la moindre idée de ce que je foutais là. Bien sûr, j’étais responsable de mes décisions, mais je me soupçonnais d’avoir été influencé par mon camarade, bien plus aventureux que moi au demeurant. Cette idée me fit frémir : il n’est jamais agréable de se reconnaître un esprit inféodé à un autre supérieur. D’un autre coté, cela traduisait mon humanité : un être humain est caractérisé par sa capacité à douter. Il prend ses décisions, bonnes ou mauvaises, en fonction de ce qu’il connaît et de ce qu’on a bien voulu lui suggérer. Et les suggestions de mes amis étaient bien souvent les miennes.

Cela faisait deux heures que nous longions les eaux noirâtres du loch, quand Christophe se mit à pousser un cri de joie : il avait aperçu l’emplacement du fameux château qui dominait les environs il y a des siècles, celui de l’histoire de Colomban. Sous nos yeux, ses ruines fantomatiques flottaient sur la surface des eaux. Plus d’une dizaine de siècles d’histoire résumés dans la pierre et sa désagrégation, autant de fantasmes possibles.

Christophe était au bord de l’extase. Il me dit qu’à cet endroit précis du loch, la profondeur avait, selon ce qu’il avait entendu, été évaluée à plus de 250 mètres, et que d’abyssales cavernes abritant on ne sait quel bestiaire y avaient été repérées à l’aide de sonars. A cette pensée, un frisson parcourut mon échine : je détestais depuis toujours les baignades lacustres et particulièrement dans ce genre de circonstances.

– On rejoindrait bien l’autre bord à la nage histoire d’aller visiter les ruines et aller au bout de nos exploits, prononça Christophe. Je tournai la tête, et le regardais avec horreur, car j’étais persuadé qu’il ne plaisantait pas. Lui esquissa un sourire préoccupant, puis courut jusqu’à la rive et plongea la tête la première dans l’eau trouble.

– Non, non, non, ça non ! Je n’irai pas !, j’ai crié. Tu ne peux pas m’obliger à faire ça, Christophe, tu me connais, hors de question ! On n’a quand même pas fait tout ce chemin pour attraper la grippe en plus, si ? Tu veux crever ?

– Ce n’est qu’un bain dans une grande baignoire…Allez, crétin!

– Tu veux me faire mourir de quoi au juste, de peur ou de froid ? Tu es un monstre, Christophe!

D’un œil narquois, lui me fit un signe de la main, commençant à flotter sur le dos, s’éloignant du bord par plusieurs coups de bras. Je n’osais pas imaginer quelle distance le séparait du fond du lac à l’endroit ou il était. J’en aurais fait des cauchemars éveillés.

Resté sur la rive, pétrifié, je regardais Christophe partir à l’horizon. Il était devenu une petite tâche noire à peine humaine. Soudain, un souffle fuyant, quasi imperceptible, arriva du nord-est, et l’atmosphère du lieu devint extrêmement froide en l’espace de quelques secondes. D’ordinaire, je ne suis pas superstitieux pour deux sous, mais j’eus l’impression que quelque chose de néfaste allait advenir. Dans la minute qui suivit, le soleil se mit à rougeoyer, donnant aux eaux du lac une teinte de sang, qui rajoutait au glauque de la scène : durant ce laps de temps, j’étais passé de l’inquiétude à un état proche de la panique. Mon ami dérivait vers les Enfers, et je n’avais strictement rien fait pour l’en dissuader. Je me mis à hurler, de toute mes forces : « Christophe, reviens ! Christophe ! », mais le bougre était déjà trop loin pour capter le moindre son venu de la terre ferme.

Un instant, je me pris à repenser à ce festival dans la campagne aveyronnaise, rassurante sous les décibels, et dont la pensée me réconforta. Cette lueur d’espoir ne dura pas longtemps, car j’entrapercevais soudain l’objet de mes craintes se profiler entre les vaguelettes qui rythmaient la surface de l’eau, au loin. Un corps immense et terrifiant s’était mis à serpenter sur le Loch Ness, c’était le ver, c’était la Bête tant attendu qui fonçait droit sur Christophe, qui était désormais plus proche de l’autre rive que de la mienne. Quand un cou haut de 10 mètres surmonté d’une hideuse tête écaillée terminée d’une mâchoire de couteaux fendit l’horizon en deux, je crus devenir fou : Nessie était ressorti de ses cavernes primordiales.

Au même moment, je vis à ma droite, dans une touffe de fougères, une silhouette humaine, dorée se matérialiser et se diriger lentement vers la scène du crime, brandillant sur le lac qui soudain se transformait en une véritable arène nautique. L’ombre fluorescente brandit un bâton, fit un signe de croix, et un coup de tonnerre assourdissant transperça la brume, provoquant un chaos monumental : terrorisé, je tombais à la renverse, pour ne pas me relever.

Je me souviens ensuite que mes rêves m’ont amené à discuter avec un vieillard sorti des limbes du temps, un vieillard à la barbe pleine d’humus qui souhaitait se servir de la foudre pour délivrer du Mal un jeune inconscient. Des heures après cela, Christophe me réveilla en se penchant sur mon corps inerte, laissant perler les gouttes d’eau froide qui maculaient ses cheveux.

*

Deux ans après ces péripéties, je suis devenu un homme, mais je reste toujours marqué au fer rouge par cet épisode bouleversant. Je ne cesse de me poser une même série de questions récurrentes : comment Christophe a-t-il pu échapper à l’attaque du Kelpie ? Qui était ce personnage voilé par de l’or, qui s’élança sur le lac pour sauver mon ami ? Serait-ce ce saint des temps anciens, dont le fantôme hanterait encore le Loch Ness en quête d’âmes à sauver des bouillonnements du monstre ? Et surtout, comment expliquer la perte de mémoire de mon ami concernant les faits exacts qui se sont déroulés sous mes yeux ? Comment s’est-il retrouvé, d’après ses dires, sur la berge d’en face, aux pieds du château d’Urquhart, qui contemple le loch depuis maintenant 700 ans, avant de me rejoindre ? Je ne le saurai sans doute jamais. Peut-être Christophe a-t-il finalement eu de la chance de développer une amnésie autour de ces faits. Et peut-être en est-il sorti indemne parce qu’il avait tout simplement la foi, la conviction que l’existence du monstre était avérée, et que Saint Colomban l’en protégerait en cas d’attaque. Une histoire à dormir debout. Le pari d’un fou. D’un esprit complètement cintré.

Christophe n’est plus capable d’en dire mot. Il ne se souvient pas. Il m’a abandonné dans la solitude de mon souvenir. Peut-être ai-je finalement rêvé tout cela. Et si c’était moi, la principale victime de cette épopée ? Et si c’était moi que le monstre avait entraîné avec lui dans les profondeurs de la folie ?

2019-02-13T15:26:40+01:00

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