Aux sources de l’amour

///Aux sources de l’amour

En s’arrêtant sous les ronces, ils décidèrent de piquer un roupillon. Ils s’enfoncèrent dans de blancs songes et dans le bonheur de l’engourdissement. Deux heures après, alors que la nuit reprenait ses droits, ils s’étaient réveillés.

Ça ne fait pas de mal.

– Oh que non, tout au contraire.

– Tu sais que ce n’est pas avec n’importe qui que j’aurais pu faire tout ce chemin. Tu le sais ?

– Tu m’en vois flattée. Mais si tu pouvais expliciter ta pensée, je serais heureuse de l’approcher d’un peu plus près.

J’ai toujours pensé que l’amitié avait un rapport avec la confiance. Et la confiance en a un avec la franchise. Tout au long du chemin, nous n’avons cessé de nous disputer sur les directions à prendre, sur de menues précautions sans importance, sur l’interprétation à donner aux consignes de notre guide, même sur la couleur du ciel. Tu as été parfaitement contradictoire à plusieurs étapes et à différents égards, et j’ai été parfaitement intransigeant avec ton intransigeance. En outre, tu sentais la transpiration. Tout cela nous a conduit à nous séparer plusieurs fois, pour quelques kilomètres, parfois sur des temps relativement longs. Et nous sommes là, tous les deux, épuisés, endoloris, mais tous deux. C’est au tumulte des relations que l’on reconnaît les vrais amis.

– Tu es beau parleur, mais quelle belle ode à notre relation ! Il me semble qu’elle a le divin pour origine (ton ode, pas notre relation). Les dieux grecs savaient s’engueuler. Ceux des Romains aussi. Ils ont dépensé une certaine énergie à parfaire cet art. Je suis sûre que Dieu lui-même n’est pas un parangon de sagesse lorsqu’il s’adresse à ses compagnons. Pour te retourner le compliment, je dirais que tu as été parfaitement odieux à diverses reprises et que tu traînais parfois le pas au point de faire jaillir l’ire de mes pores, ce qui explique le caractère affirmé des effluves moites que j’ai pu sécréter. Mais tu as conservé ta détermination et tu as su faire advenir le silence lorsqu’il s’est fait attendre. Pour toutes ces raisons, je ne peux que contresigner ta déclaration d’ami.

– J’avoue avoir été trop silencieux sur le silence. Je crois qu’une vraie relation d’amitié doit le respecter. L’amitié n’est pas un garde-meuble. Avec moi, il est hors de question de meubler la conversation, ce qui correspond à une véritable marque d’irrespect qui pourrait valoir un casus belli. Mais toi, toi, tu n’es pas comme ça. Ta parole ne se gaspille pas en mots inutiles, elle n’intervient pas dans les moments inopportuns. Pour cela, elle est un trésor à mes yeux.

Ils sourirent. Les reflets étoilés du ciel en extinction, déguisé derrière les ronces, passèrent dans leurs yeux. Et ils repartirent.

2019-01-23T17:29:19+02:00

One Comment

  1. Bbt 23 janvier 2019 at 23 h 37 min - Reply

    Belle prose N.
    B.

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