Nous demeurons irrémédiablement une somme de liens, un système de côtoiement de subjectivités vivantes qui se croisent, s’éloignent, avant de se croiser à nouveau.

Dès lors, un lien rompu n’est jamais une fatalité mais toujours une invitation ultérieure à tendre un noeud et reprendre le filage de la plus belle des façons — des fils qui, par la séparation, acquièrent pour caractère la densité et le malléable.

Savoir tendre le fil devient l’usage des tisseurs de temps. Ils veillent à équilibrer force et souplesse du fil — les doigts tremblant à l’idée de le casser. Arachnées funambules, ils tissent des dentelles de fragilité et d’émotions entre les âmes et entre les corps — ultimes défis à ce cadre destructeur qu’ils subissent plus qu’ils ne l’habitent.

Qu’importe que le noeud de reprise se desserre sous la patine du temps, il a déjà pu insuffler l’espoir et la volonté dans toutes les fibres du filage. Alors que le fil gagne en force et densité, nous sommes devenus, à notre tour, ces fileurs du temps et de l’émotion.

Nos fils ont la douceur du velours et la robustesse de l’acier. Mais avant d’être cela, ils procèdent d’un pari sur l’éphémère et sur l’incertitude : un noeud foutraque de volontés.

Au (re)commencement donc était le noeud.

Erwin Moreau