Rénac Plage

J’ignorais que le lac

Avait été vidé

Éviscéré

On lui voyait dessous

Le sable, les graviers

Les roches dénudées

Les bouées échouées

Les bosquets autrefois chevelus

Devenus glabres, mis à nu

Et les chemins bariolés de ronces

Inextricables en la saison

Nous obligèrent à bifurquer

Et à marcher sur les rebords

Du gouffre provisoire

Desquels on pouvait admirer

Quelques grandes flaques en contrebas

Quelques arbrisseaux morts de froid

 

Dans la lagune cantalienne

Dépassant des flots obsidiennes

Dispersés à l’ouest et au nord

Pour des besoins énergivores

Quelques ruisseaux coulaient encore

Alimentant la sinistre zone

Défigurée par cet hiver

Où l’on ne pouvait plus nager

Dans ce territoire asséché

On reproduisait les mouvements

De la brasse, du crawl et du dos

À deux mètres de profondeur

Sur un sable sec et hâbleur

Hier submergé par l’eau noire

Recouverte de barques, de bambins

Festivités estivales

Transformées en un sombre val

Terre mouillée de sphaignes vivaces

En contrebas des demeures privés

Et d’une rive à l’autre sans gué

Pieds nus dans le froid hivernal

Il nous aurait fallu passer

Et je pense au présent, au passé

Face à ce lac sans caractère

Métamorphosé par l’hiver

En ces creux jaunes et trépassés

En ces rivages inadaptés

Aux maigres besoins balnéaires

D’une certaine majorité

Privée de ses embarcadères

Jusqu’à l’approche de l’été

 

Triste havre de paix

Défiguré tu t’es offert

Au promeneur solitaire

En quête d’une expérience unique

Extatique

En souvenir de l’été dernier

Mimant les brasses dans un espace

Déserté par tous les fluides

Tous les liquides

Une version contraire en somme

Au vieux mythe de l’Atlantide

Attendrissante histoire

Intervenue un soir d’hiver

Noël, je crois

Et du haut d’une passerelle

Les promeneurs pouvaient contempler

Tes profondeurs à niveau variable

Tes entrailles indiscutables

À la merci d’un désert instable

Inondé par quelques ruisseaux à la peine

Ondulant au fond des ravines

Creusées par la main de l’homme

 

Et si en une nuit tu redevenais

Ce lac bien-aimé des touristes

Serais-tu plus sympathique

Quelle idée

Le Cantal en tout cas en serait

Transformé, fort aise

Malgré les températures basses

Tu finirais à marée haute

Petite mer des montagnes

Apte à accueillir tes hôtes

Et voilà bien ta seule mission

Tant que cette civilisation

Tiendra encore sur ses deux jambes.

2022-01-02T11:37:59+01:00

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